Misère asociale
Quand j'étais étudiante, je faisais partie d'un groupe de copines composé quasiment exclusivement des asociales et des introverties de la promo. Nous formions ainsi un petit groupe de filles qui ne sortaient pas, ne buvaient pas, ne dansaient pas, et se contentaient de réviser beaucoup et, de temps en temps, une soirée crêpe.
Après le diplôme, chacune a pris un chemin différent et, petit-à-petit, plus personne ne côtoya personne.
Parmi ces filles, deux d'entre elles avaient réussi à avoir une vie sentimentale et sexuelle pendant leurs études. Elles se sont mariées en dernière année d'études et ont eu leur premier enfant dans la foulée, puis un deuxième, puis un troisième. Le doute a un peu plané au sein du groupe quant-à leur bonheur conjugal.
Parmi les autres, une a quitté la région après le diplôme et n'a plus jamais donné de nouvelles à personne.
Une, moi, a un peu bourlingué, a rencontré son conjoint à 31 ans, s'est mariée à 38 ans, a bénéficié d'un diagnostic et d'une thérapie de sa phobie sociale.
Une vit seule et j'ai appris ce week-end qu'elle est retournée habiter chez ses parents, à 42 ans.
Une dernière vivait seule et j'appris, ce week-end également, qu'elle s'est suicidée cet hiver, après la mort consécutive de ses deux parents.
J'ai tendance à penser que je ne m'en tire pas si mal. Et même si en ce moment j'en veux au psy de ne jamais m'avoir fait faire d'exercices d'exposition, dont j'avais pourtant tant besoin, le fait d'avoir été diagnostiquée phobique sociale a sauvé ma vie et je ne puis que remercier et mon mari et mon psy pour cela. Même si le quotidien n'est pas toujours facile, j'ai échappé au pire.