06 avril 2009

Dépression

Trouvé sur un forum dédié aux troubles bipolaires :


REAGIR FACE A UNE DEPRESSION


Il est inutile de dire :

1. "Cela ira mieux demain ; ce n'est pas grave c'est passager, ce n'est qu'un moment de tristesse!" : c'est faux et culpabilisant. La dépression est un état pathologique et invalidant. En revanche, il est important de lui faire comprendre que c'est une affaire de temps et qu'il va guérir.

2. "Sors, cela te fera du bien! Secoue-toi, et cela ira mieux!" : ces mots ne font qu'accentuer les sentiment d'échec du fait de l'incapacité du dépressif à établir des relations avec son entourage. S'il suit ce conseil, il sera probablement confronté à un nouvel échec qui ne fera que confirmer son état d'incompétence...

3. "Tu n'as pas de raison de déprimer" : c'est aussi absurde que de dire à un chauve "pourquoi tu es chauve, tu n'as pas de raison de l'être". Inuitile aussi de lui dire qu'il y a des gens qui ont de "vraies raisons" d'aller mal, cela ne changera rien au problème et ne fera qu'accentuer sa culpabilité.

4. "Tu manques de volonté" : la dépression n'est pas un problème de volonté, au contraire elle annihile la volonté. Le déprimé est bien suffisamment qu'il est faible et manque de caractère, ignorant que c'est la dépression qui est en cause!

5. "Tu te complais dans la dépression" : il suffit d'y avoir "goûté" pour savoir que nul ne se "complaît" dans la dépression, qui est une profonde souffrance.

6. "Si tu ne fais pas un effort, je m'en vais" Le chantage affectif n'a aucun effet chez un déprimé si ce n'est de le culpabiliser ou accentuer son sentiment d'isolement.

7. "Secoue-toi et cela ira mieux" : autant dire à un paralysé : "Lève-toi et marche". L'état d'aboulie [NDLR : diminution ou la disparition de la volonté] limite toutes les activités du quotidien.



Il est préférable de tenir un discours positif, encourageant, bienveillant, chargé d'empathie :

1. "C'est une affaire de temps, tu vas guérir comme les autres fois ; le traitement va agir, mais il faut un peu de temps."

2. "Vis à ton rythme. Inutile de t'épuiser. Il est préférable que tu reprennes des forces. Cela ne sert à rien de t'exposer, cela risque de te fatiguer inutilement et tu ne te sentiras pas bien, ne seras pas à l'aise."

3. "Tu n'y es pour rien. Tu n'as pas choisi d'être déprimé, c'est une maladie, ne l'oublie pas. Les raisons sont multiples et indépendantes de ta volonté."

4. "On te le répète souvent, la dépression est plus forte que la volonté, tu verras que tu retrouveras la volonté d'agir et à nouveau des désirs."

5. "Nous avons conscience que tu souffres. Tu as beaucoup de courage pour affronter cette maladie. Nous savons que tu ne complais pas dedans."

6. "Nous sommes tous autour de toi. Tu sais que tu peux compter sur nous. Ne perds pas confiance. Nous te comprenons."

7. "Cela ne sert à rien de te culpabiliser. Tu n'y es pour rien. Cela ira mieux progressivement. Ménage-toi et n'en fais pas trop."



Quelques conseils vis-à-vis du malade
:

1. La gentillesse ne fait pas de mal à personne, surtout pas à celui qui souffre et en a besoin plus que quiconque. Se montrer calme, rassurant, bienveillant, encourageant.

2. Ne pas manifester d'impatience et rester simple dans ses propos. Encore faut-il prendre conscience des difficultés du dépressif à réagir et à penser, de sa fatigue, de son manque d'entrain et d'envie.

3. Un déprimé, ou un maniaque, peut être agressif ou irritable. Il n'est pas bénéfique de répondre avec les mêmes armes.

4. Manifester empathie, compassion et compréhension. Eviter de porter un jugement.

5. L'aider, si son état le permet, à relativiser, à prendre de la distance par rapport à ce qu'il considère être un échec.

6. Se souvenir qu'un déprimé ne retient que ce qui est négatif. Mieux vaut alors essayer de lui faire percevoir le positif.

7. L'aider à différer les décisions importantes. Il n'est pas en état d'évaluer correctement une situation.

8. Aider et accompagner ne signifient pas soigner. Le surveiller de trop près jusqu'à l'empêcher de faire les choses ne peut que l'étouffer.

9. Savoir fixer les limites de ce qui est tolérable pour vous.

10. Quand la famille va bien, le malade va mieux.



Copyright Hachette Littératures
"Vivre avec un maniaco-dépressif", Christian GAY
Sortie en librairie le 20/02/2008

14 février 2008

Phobie sociale vs Anxiété de performance

L’anxiété de performance désigne les états émotionnels précédant la confrontation avec un public au cours de l’exécution d’une tâche donnée.

Elle se manifeste avant et pendant la performance attendue, et peut même conduire à un évitement de la situation de performance. Cette anxiété porte sur la crainte de ne pas être à la hauteur de ce que les autres attendent du sujet. "Les autres" sont souvent représentés par un public puisque l’anxiété de performance est particulièrement rencontrée chez les musiciens, comédiens, sportifs...

Cette chronologie de l’anxiété par rapport à la situation anxiogène est très comparable à ce qu’on observe dans la phobie sociale, mais contrairement à cette dernière, on note un phénomène d’habituation au fur et à mesure de la répétition de la situation de performance redoutée.

Pour certains auteurs, l’anxiété de performance s’intègre dans le cadre de la phobie sociale généralisée et est, à ce titre considérée comme un trouble. Mais la plupart des auteurs la considère plutôt comme une dimension anxieuse, partie d’un continuum entre le normal et le pathologique. Dans ce sens, nous pouvons mettre en avant que si la phobie sociale implique une anxiété de performance, l’anxiété de performance ne signe pas forcément la phobie sociale. De plus, comme nous venons de l’évoquer, le phénomène d’habituation est spontanément présent dans l’anxiété de performance, ce qui fait qu’une situation de performance peut se révéler anxiogène à un certain moment et ne pas l’être à un autre.
C’est pourquoi nous pouvons la comparer au trac, et la positionner proche de la normalité, même si le handicap professionnel peut être grand.

Le DSM IV insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de considérer a priori l’anxiété de performance comme normale.
On rapproche habituellement de l’anxiété de performance deux autres troubles : l’anxiété aux examens et la dysfonction érectile.


Récapitulatif des différents types d’anxiété sociale :






Source.

13 février 2008

Phobie sociale vs Personnalité évitante

La personnalité évitante : ce terme, sa définition et sa conceptualisation sont dus à Millon, qui décrit les personnalités "détachées" qui sont introverties, distantes et isolées, éprouvant des difficultés à établir des relations proches, évitant les activités sociales, préférant ne pas se mêler aux autres et ne semblant pas y trouver d’intérêt.

Au sein de ce trouble de la personnalité, il distingue deux sous-types : la "personnalité détachée active", qu’il nomme personnalité évitante, et la "personnalité détachée passive", qu’il nomme personnalité schizoïde.
Le point commun entre ces deux personnalités est le retrait social. Mais alors que ce retrait social dans la personnalité schizoïde correspond au manque de désir d’avoir des relations sociales, dans la personnalité évitante, il est engendré par une hypersensibilité au rejet.

Le DSM IV présente une définition de la personnalité évitante assez floue notamment dans sa distinction d’avec la phobie sociale. L’ambiguïté entre les deux concepts est même explicite, puisqu’il est recommandé, dans le diagnostic de phobie sociale généralisée, "d’envisager également le diagnostic de personnalité évitante".
Les auteurs tendent à s’accorder sur le fait que personnalité évitante et phobie sociale sont en réalité la même pathologie.

Le trouble personnalité évitante représenterait le degré de gravité le plus élevé de l’anxiété sociale.
La phobie sociale généralisée se situerait juste en dessous de la personnalité évitante.
Les deux troubles sont caractérisés par une inhibition sociale, un sentiment d’incompétence sociale et une hypersensibilité au jugement d’autrui.
Mais dans la personnalité évitante, c’est la personnalité toute entière qui est affectée par la peur des autres, la crainte d’être jugé ou rejeté est alors permanente. De plus, le sujet évitant cherche à rationaliser son comportement et ses pensées en toute circonstance, s’éloignant du véritable problème qui finit par être oublié, rejetant les raisons de son mal-être sur autrui. Ce qui fait que ces patients n’ont pas conscience de leur anxiété sociale et ne sont pas demandeurs de soins.

Le mécanisme pathologique, la sémiologie et la réponse thérapeutique étant similaires dans les deux troubles, il semble bien qu’il s’agisse d’une même entité.


Comparaison personnalité évitante – phobie sociale (tiré de ANDRE et LEGERON)






NB : les éléments mis en gras sont ceux que je reconnais chez moi.



Source.

12 février 2008

Phobie sociale vs Trac

Le trac est une sensation d’anxiété intense mais passagère, limitée à une situation et à un moment donnés.

D’un point de vue étymologique, il semble que le mot trac ait la même origine que le verbe traquer, "poursuivre sans laisser d’issue". Les premières utilisations du mot trac semblent avoir été faites, au début du XIXème siècle, au sujet des comédiens et des étudiants pour désigner leur appréhension face au jugement d’un public ou d’un jury.

Ce trouble peut se rencontrer dans toutes les situations et se manifeste par une sorte de paralysie psychosomatique survenant à un moment où il ne faudrait pas qu’elle apparaisse.

Contrairement au phobique social, dont l’anxiété se manifeste pendant toute la durée de l’exposition au regard de l’autre, le "traqueur" est angoissé avant l’exposition mais son angoisse diminue et même disparaît au fur et à mesure de l’exposition jusqu’à être de niveau équivalent à celui des sujets normaux.


Comparaison trac – phobie sociale (tiré de ANDRE et LEGERON)





Source.

11 février 2008

Phobie sociale vs Timidité

La timidité est un concept ancien, non psychiatrique et large. C’est un terme couramment employé mais dont la définition scientifique précise reste problématique, il recouvre des réalités très différentes.

A l’origine, la timidité était un terme plutôt laudatif désignant celui qui agissait dans l’esprit religieux d’éviter le Mal (du latin timere qui signifie celui qui craint Dieu).
Puis son sens s’est élargi au XVIIIème siècle pour caractériser des personnes "craintives, pleines d’appréhension", "manquant d’assurance et de hardiesse", "discrètes dans les relations sociales", jusqu’à désigner toutes les formes d’embarras qu’il est possible de ressentir en présence d’autrui.

Actuellement cette appellation correspond à "un type particulier d’anxiété sociale, décrivant une manière d’être durable et habituelle, marquée par une tendance prononcée, lors des situations nouvelles, à se tenir en retrait et à éviter de prendre l’initiative, malgré un désir relatif d’échange avec l’entourage". Elle décrit l’existence simultanée d’un malaise intérieur et d’une maladresse extérieure en présence d’autrui.
Il faut cependant noter que les capacités à s’adapter aux situations d’interaction sociale sont plus développées que dans les formes pathologiques d’anxiété sociale. En effet, si le timide redoute les situations sociales et cherchent à les éviter, c’est surtout les "premières fois" qui sont angoissantes, son anxiété diminuant au fur et à mesure de la répétition d’une situation ou d’une rencontre, alors que le phobique social aura tendance à mettre en place un renforcement négatif irrationnel lors de la répétition, à partir de la rumination d’un échec virtuel qu’il aura imaginé.

C’est pourquoi la timidité ne peut être considérée comme une maladie.


Comparaison timidité – phobie sociale (tiré de ANDRE et LEGERON) :



10 février 2008

Description clinique de la phobie sociale

 

 



Le trouble "phobie sociale" est rattaché au concept plus large d’ "anxiété sociale" défini comme un "sentiment d’appréhension, de conscience de soi pénible, accompagné de manifestations physiologiques gênantes, survenant lors de situations sociales ou d’évaluation".

 

 

 

 

 


Nous devons la première définition de la phobie sociale à MARKS et GELDER en 1966, cités par STEIN : "la phobie sociale est une réaction anxieuse lors de situations sociales, caractérisée par la timidité ou la peur de rougir en public, ou de manger au restaurant, ou de rencontrer des hommes et des femmes, ou d’aller à des soirées, ou de trembler quand on est observé".


Actuellement, la phobie sociale se définit comme une peur persistante d’une ou plusieurs situations dans lesquelles le sujet est exposé à l’attention et au regard d’autrui. Sous ce regard, il craint en permanence d’agir de façon humiliante ou embarrassante pour lui-même, mais aussi pour les autres. La peur principale est que ceux qui le regardent émettent ou simplement pensent à des critiques humiliantes. Les pensées supposées négatives d’autrui sont donc d’autant plus redoutées que les critiques sont réelles.


Le diagnostic de la phobie sociale repose sur quatre piliers symptomatiques :

 

− Les cognitions :

Elles sont centrées sur le souci de donner une image positive de soi aux autres, ce qui entraîne, par conséquent, la crainte d’une évaluation négative. Le sujet est envahi de pensées négatives : échec humiliation, incapacité...
Le phobique social focalise son attention sur ses propres manifestations (autocontrôle) et sur les signes provenant de l’entourage, tentant de repérer les marques de rejet, de critique, aussi minimes ou indirectes soient-elles, puis ruminées pendant des heures, confirmant ses pensées négatives et alimentant la trame des croyances profondes d’infériorité, de manque de valeur ou de dangerosité des rapports humains.
Il est habituel de retrouver chez ces patients une hypersensibilité à la critique, à l’évaluation négative ou au rejet, une difficulté à manifester de l’assurance et une faible estime de soi ou des sentiments d’infériorité.

 

− L’anxiété anticipatoire :

L’anxiété d’anticipation survient vis-à-vis des situations où est impliqué le regard de l’autre. L’expérience déjà éprouvée d’échec réel ou perçu comme tel, dans une situation sociale ou l’échec imaginé en référence à une situation sociale anxiogène passée, va entraîner une exposition en pensée qui va déclencher l’angoisse d’anticipation d’une situation sociale à venir, c’est à dire en rapport avec la crainte d’être jugé anxieux, faible, inapte, voire stupide. Ces situations sont les mêmes que celles retrouvées dans l’angoisse situationnelle.
Cette anxiété anticipatoire usante, taraudante, omniprésente, peut s’exprimer bien longtemps avant la confrontation à la situation sociale ou publique anxiogène.
Cette angoisse se manifeste notamment par l’apparition de signes neuro-végétatifs importants et se continue par l’angoisse situationnelle ou à l’évitement de la situation redoutée.
Rapidement, une spirale anxiété anticipatoire - échec perçu - anxiété anticipatoire accrue - échec perçu plus grave... va s’installer.

 

− L’angoisse situationnelle :

Là encore le sujet se trouve confronté à une double source d’angoisse.
La première est liée à la crainte fondamentale de la phobie sociale, à savoir la peur d’être jugé par le regard d’autrui en raison de la certitude qu’a le sujet de la faiblesse de ses compétences sociales.
La seconde est due au fait même d’éprouver une anxiété situationnelle avec son cortège de signes neuro-végétatifs : tachycardie, extra-systoles, tremblements, accélération de la respiration, sensation d’étouffement, douleurs thoraciques, aphonie, vertiges, voire dépersonnalisation – déréalisation.
L’expression en elle-même de ces signes d’anxiété va entraîner une angoisse secondaire, elle aussi liée au regard de l’autre : crainte de passer pour quelqu’un d’inapte à s’exprimer en public, crainte de se mettre à trembler au moment de devoir manger devant d’autres personnes, crainte de devenir aphone au cours d’une conversation ou d’un exposé...
Si on parle d’anxiété anticipatoire avant l’exposition à la situation sociale anxiogène et d’angoisse situationnelle pendant celle-ci, il ne faut pas pour autant imaginer que l’ "après-exposition" est exempte d’émotion négative. En effet, en cas d’évaluation d’inaptitude réelle ou perçue comme telle, le sujet phobique social éprouve alors un sentiment de honte et de culpabilité de "ne pas avoir été à la hauteur", d’avoir déçu ou alors d’avoir évité la situation. Ce sentiment persiste longuement après les faits, avec des remémorations douloureuses. Il persiste des traces hypermnésiques, des cicatrices émotionnelles traumatiques de l’évènement qui, lorsqu’elles sont évoquées, peuvent entraîner à nouveau le même cortège neuro-végétatif d’angoisse qu’initialement. Ces expériences traumatiques participent au maintien et au développement des distorsions cognitives.

 

− L’évitement :

Face à l’intolérable de l’anxiété et de la honte, le sujet phobique social va tout d’abord tenter de lutter, de se contrôler, mais cette pression supplémentaire sur ses capacités sociales d’adaptation ne va faire qu’aggraver la spirale anxieuse.
Ne reste alors qu’une solution : la fuite.

Certaines situations relationnelles seront alors évitées en totalité, entraînant des préjudices sociaux, professionnels ou personnels parfois majeurs : ne pas aller dans tel lieu fréquenté, éviter tel entretien d’embauche ou tel concours de promotion, ne pas aborder la personne qui plaît... Tous les stratagèmes possibles sont alors mis en place : excuses, prétextes, mensonges, parfois même des scenarii complexes comme par exemple organiser un faux appel téléphonique pendant qu’on est en conversation avec autrui pour pouvoir se défiler.
Plus insidieusement, le phobique social va mettre en place des évitements partiels, c’est-à-dire qu’il participe, mais avec une retenue protectrice : accélérer ou amputer son exposé pour réduire son temps de parole, ne pas s’engager au moment où la relation affective pourrait devenir véritablement intime, participer à une soirée en restant dans son coin...
D’autres comportements plus discrets, appelés "évitements subtils", méritent un repérage sémiologique précis. Il s’agit des petits gestes de précautions qu’effectue le sujet, qui lui permettent de se confronter aux situations sociales en se persuadant qu’il n’y a pas d’évitement et pas d’angoisse, mais qui, en réalité, entretiennent la croyance du danger et qu’il faudra donc bien identifier avec le patient afin de réaliser une thérapie d’exposition réussie : une mèche soigneusement installée devant le visage, une tenue rouge sensée atténuer le rougissement, des gestes de diversion, une attitude hautaine et cassante...



NB : les éléments mis en gras sont ceux que je reconnais chez moi.



Source.

Phobie sociale vs Agoraphobie

Comparaison de la phobie sociale et de l’agoraphobie :

1. Etude de Amies, 1983 :

(Ref : AMIES PL, GELDER MG, SHAW PM. Social phobia : a comparative clinical study. Brit J Psychiatry 1983 ; 142 : 174-9.)

Amies est le premier à démontrer une autonomie de la phobie sociale vis-à-vis de l’agoraphobie à laquelle elle avait tendance à être assimilée.

L’auteur retrouve un âge de début moyen de 19 ans pour la phobie sociale contre 24 ans pour l’agoraphobie, une prépondérance masculine (60 % pour les sociophobes contre 17 % pour les agoraphobes), un bon niveau socio-éducatif chez 54 % des phobiques sociaux contre 35 % des agoraphobes. De plus, chez les phobiques sociaux, on note une vie solitaire assez fréquente et une évolution des troubles plus continue que phasique.

Amies dresse un "inventaire des peurs" chez ces deux catégories de phobiques, en précisant que l’anxiété situationnelle dans la principale situation phobogène est auto-évaluée de façon similaire dans les deux groupes, et que l’intensité de cette anxiété est la même pour les sociophobes et les agoraphobes dans les situations plutôt caractéristiques de la phobie sociale mais que les phobiques sociaux sont beaucoup moins invalidés que les agoraphobes dans les situations agoraphobiques.

Principales situations phobogènes (classées selon un degré d’anxiété ou d’évitement décroissant) :


De manière moins intense que les items énoncés ci-dessus, mais de façon équivalente entre eux, les sociophobes et les agoraphobes sont éprouvés dans les situations suivantes : aller au café, manger au restaurant, être dans un espace clos.
D’autre part, on note peu de phobies simples chez les sociophobes alors que les agoraphobes éprouvent une anxiété sévère en présence de rat, serpent, insecte, avion, sang, blessures.
Les sociophobes sont plus introvertis que les agoraphobe et que les sujets contrôles.

Amies conclut de son étude qu’il existe un syndrome autonome du sociophobe dont voici les éléments principaux : début précoce, évolution continue, nature discriminante des situations phobogènes qui portent sur la rencontre d’autrui ou l’évaluation par autrui, les interactions verbales, le regard, tendance à l’alcoolisme et aux tentatives de suicide, réussite socio-professionnelle plus élaborée.
Au niveau étiopathogénique, Amies pense que le trouble s’est institué à une période fragile de l’adolescence au cours de laquelle les parents ont renforcé le culte du perfectionnisme et de la "réussite sociale" sans pour autant établir les médiations sécurisantes permettant l’intégration des rôles sociaux indispensables à un adolescent pour devenir adulte. Pour la première fois, la question du développement des habiletés sociales est posée. Il s’agit ici du paradoxe entre des repères rigides de conduite en société imposés par les parents et le déficit dans les compétences sociales enseignées.

2. Etude de Persson, 1985

(Ref : PERSSON G, NORDLUND CL. Agoraphobics and social phobics : differences in background factors, syndrome profiles and therapeutic response. Acta Psychiatr Scand 1985 ; 71 : 148-59.)

Le niveau socio-éducatif est supérieur chez les sociophobes avec une éducation plus raffinée et une meilleure intelligence verbale.
La prévalence d’anxiété est plus élevée chez les agoraphobes.
Cet auteur met en avant des causes développementales pour expliquer les différences entre les sociophobes et les agoraphobes. Ainsi, ils auraient plus souvent subi des attitudes parentales négatives aversives, insécurisantes. Celles-ci auraient contribué au manque d’assurance. Cette hypothèse sera plus tard retrouvée dans le concept de manque d’affirmation de soi.

3. Etude de Solyom, 1986

(Ref : SOLYOM L, LEEWIDGE B, SOLYOM C. Delineating social phobia. Br J Psychiatry 1986 ; 149 : 464-70.)

Prépondérance masculine (53 %), célibat fréquent (58 %).
L’adaptation socio-professionnelle est meilleure chez les sociophobes et les phobiques simples que chez les agoraphobes.
55 % des agoraphobes ont signalé des phobies sociales contre 30 % des phobiques sociaux qui signalent des peurs de type agoraphobique.
Si la peur des foules peut être aussi intense chez les sociophobes que chez les agoraphobes, le stimulus de peur diffère. En effet, chez le sociophobe c’est la crainte d’y rencontrer quelqu’un de connu, d’être dévisagé, remarqué qui provoque l’anxiété alors que l’agoraphobe redoute l’anonymat d’autrui, le sentiment d’être esseulé dans un groupe, la présence spatiale d’une quantité de personnes dans un lieu.
En ce qui concerne la principale phobie citée, l’anxiété situationnelle est similaire pour les trois groupes.
Sociophobes et agoraphobes présentent plus d’anxiété que les phobiques simples.
De même, sociophobes et agoraphobes sont plus dépressifs que les phobiques simples.

Tableau II : Récapitulatif des caractéristiques différentielles entre sociophobes et agoraphobes (Solyom).


4. Etude de Cottraux, 1988

(Ref : COTTRAUX J, MOLLARD E et al. Agoraphobia with panic attacks and social phobia : a comparative clinical and psychometric study. Psychiatr Psychobiol 1988 ; 3 : 49-56.)

Le début des troubles est plus précoce pour la phobie sociale (20 ans) que pour l’agoraphobie (27 ans).
5,8 % seulement des phobiques sociaux ont aussi le diagnostic d’attaque de panique alors que 12,5 % des agoraphobes ont celui de phobie sociale.

L’anxiété et l’intensité de la peur dans la principale situation phobogène sont similaires pour les deux groupes.
Dans cette étude, Cottraux conclut à l’existence de deux dimensions distinctes caractérisées par la fréquence des attaques de panique chez l’agoraphobe et la faible estime de soi chez le sociophobe.

La précocité de la première consultation chez les agoraphobes découle de leur plus grande invalidité socio-professionnelle, d’une détresse et d’une souffrance suffisantes pour demander une aide, alors que les phobiques sociaux éprouvent une timidité et un retrait social tels, qu’il leur est difficile de faire une démarche d’aide thérapeutique.



Source.

CIM 10

Critères diagnostiques de la phobie sociale de la CIM 10 :

A. soit (1) soit (2) :
  1. crainte marquée d’être exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui, ou d’agir d’une manière qui pourrait être embarrassante ou humiliante ;
  2. évitement marqué d’être exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui, ou de situations dans lesquelles on pourrait se conduire d’une manière embarrassante ou humiliante.
Ces craintes se manifestent dans des situations sociales. Par exemple : manger ou parler en public ; rencontrer des connaissances en public ; arriver dans un petit groupe ou y rester (par exemple dans une soirée, une réunion, une salle de classe).

B. Survenue, dans la situation phobogène, depuis le début du trouble, d’au moins deux des symptômes définis dans le critère B de l’agoraphobie et d’au moins un des symptômes suivants :
  1. rougir ou trembler,
  2. peur de vomir,
  3. besoin urgent ou peur d’uriner ou d’aller à la selle.
(critère B de l’agoraphobie : les situations sont soit évitées (p. ex., restriction des voyages ) soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d'avoir une attaque de panique ou des symptômes à type de panique ou bien nécessitent la présence d'un accompagnement.)

C. Détresse émotionnelle significative due aux symptômes ou à l’évitement, avec conscience du caractère excessif ou irraisonné de ces derniers.

D. Les symptômes surviennent exclusivement ou prédominent dans les situations redoutées ou quand le sujet pense à ces situations.

E. Critères d’exclusion les plus couramment utilisés. Les symptômes cités dans les critères A et B ne sont pas dus à des idées délirantes, des hallucinations ou à d’autres troubles, tels un trouble mental organique, une schizophrénie ou des troubles apparentés, un trouble de l’humeur, ou un trouble obsessionnel compulsif et ne sont pas secondaires à des croyances d’ordre culturel.




NB : La CIM 10 (Classification internationale des maladies ou Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 1992) permet le codage des maladies, des traumatismes et de l'ensemble des motifs de recours aux services de santé. Elle est publiée par l'OMS et est utilisée à travers le monde pour enregistrer les causes de morbidité et de mortalité, à des fins diverses parmi lesquelles le financement et l'organisation des services de santé ont pris ces dernières années une part croissante. Il s'agit de la version 10.

DSM IV

Critères du DSM IV pour phobie sociale

Trouble de l’anxiété sociale :
A. Une peur marquée et persistante d’une ou plusieurs situations sociales ou d’actions publiques dans lesquelles le sujet est exposé à des personnes ou à l’éventuelle observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir de manière humiliante ou embarrassante (ou de montrer des symptômes anxieux).

B. L’exposition à la situation sociale redoutée provoque invariablement de l’anxiété, qui peut se manifester sous la forme d’une attaque de panique liée à la situation ou conditionnée par la situation.

C. Le sujet reconnaît la nature excessive ou déraisonnable de ses craintes.

D. La(les) situation(s) sociale(s) redoutée(s) ou d’action publique sont évitées ou vécues avec une anxiété intense ou une certaine détresse.

E. La conduite d’évitement, l’anticipation anxieuse et la détresse liées aux situations sociales redoutées ou aux actions publiques interfèrent de manière importante avec la vie quotidienne de l’individu, avec sa fonction professionnelle (sa carrière) ou avec ses activités sociales ou relationnelles, ou bien il existe un sentiment important de détresse à l’idée d’avoir cette phobie.

F. Pour les sujets n’ayant pas encore 18 ans : la durée de la perturbation est au moins de 6 mois.

G. La peur ou l’évitement n’est pas directement dû aux effets physiologiques d’une substance (par exemple, un abus de drogue, un médicament) ou d’un état physique général et ne correspond pas à un autre trouble mental (par exemple, le trouble panique avec ou sans agoraphobie, l’angoisse de séparation, la dysmorphophobie, les troubles envahissants du développement, ou le trouble de la personnalité schizoïde).

H. Lorsqu’un état physique général ou un autre trouble mental est présent, la phobie sociale selon le critère A est indépendant de ces troubles, par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer (Bégaiement), de trembler (maladie de Parkinson) ou de révéler un comportement alimentaire anormal (Anorexie mentale ou Boulimie).

Spécifier s’il s’agit d’un type généralisé si les peurs s’appliquent à la plupart des situations sociales (débuter ou maintenir des conversations, participer à des petits groupes, fixer un rendez-vous, parler à des personnages incarnant l’autorité, assister à une réception).

A noter qu’il est possible d’envisager également un diagnostic additionnel de personnalité évitante.




NB : Le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4) est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d'années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux. Il a été publié par l'Association américaine de psychiatrie en 1994. Il s'agit de la 4e version du DSM.

27 janvier 2008

Thérapie cognitivo-comportementale



L’approche cognitivo-comportementale consiste en l’analyse des pensées, croyances et des comportements qu’elles provoquent.

Chaque être humain vit des situations. Ces situations sont interprétées par l'intermédiaire de pensées (autoverbalisations) ou d'images mentales (dialogue intérieur).
De ces pensées, croyances et représentations mentales dépendront l'humeur et le comportement de l’individu.

 

Le système cognitivo-comportemental de l'individu pourrait être représenté comme suit :


SITUATION -> COGNITION -> EMOTION -> COMPORTEMENT



NB : La cognition : les fonctions cognitives sont les fonctions dont est doté l'esprit humain et par lesquelles nous construisons une représentation de la réalité à partir de nos perceptions.


 

Les thérapies cognitives et comportementales étudient ce système, mettent en évidence des disfonctionnements ou distorsions au niveau cognitif.
Les différents types de distorsions cognitives, de pensées dysfonctionnelles sont identifiés, définis et expliqués, afin de pouvoir ensuite les remettre en cause, les modifier ou les éliminer; et permettre ainsi de nouveaux comportements plus adaptés.



http://www.anxietesociale.org/therapies.htm#def